SAINT FIRMIN 2020

 Saint Firmin – 26 septembre 2020 - Homélie de Monseigneur Olivier LEBORGNE

« Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » nous demandait Saint Paul il y a quelques instants.

Comme cet appel est stimulant. Il rejoint, je le crois, notre désir le plus profond. Avoir en nous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus, c’est laisser, dans la grâce de l’Esprit Saint, Jésus le seul véritablement humain – il n’a pas péché, il n’a aucune complicité avec l’inhumain en l’homme – nous rejoindre au plus intime pour nous rendre aux promesses de notre humanité. Il y a là un souffle extraordinaire.

En même temps, je reçois cet appel du Seigneur avec vertige. J’entendais dans le passage d’Ezéchiel qui a été proclamé en 1ère lecture : « Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Il a ouvert les yeux, il s’est détourné de ses crimes. C’est certain, il vivra, il ne mourra pas. » « Il a ouvert les yeux… » Frères et sœurs, quand nous ouvrons les yeux, que voyons-nous ? Quand nous ouvrons les yeux sur notre Eglise, celle dans laquelle la confirmation va vous donner toute votre place, quand voyons-nous ? Tant de belles choses. Et tant de blessures aussi.

Quand je regarde chacun de vos visages, je me sens tellement petit. Puis-je vous dire, au moment de mon départ pour un autre diocèse, toute mon admiration. Même quand cela a pu être difficile, même avec ceux avec lesquels nous ne nous sommes pas toujours compris, vous m’avez donné Dieu, vous m’avez confirmé dans ma mission, vous me provoquez à la conversion. Et au-delà des blessures de chacun, je m’émerveille vraiment du don de Dieu qu’il est.

A regarder les choses plus globalement, je vois aussi de très belles choses – il serait trop long d’en faire la liste, permettez-moi de citer cependant le synode diocésain par lequel je le crois plus que jamais l’Esprit du Seigneur a parlé -. Mais je vois également combien le tissu de la fraternité entre nous est abîmé. Des familles blessées, des paroisses figées, des baptisés fatigués, des prêtres abîmés. « Il a ouvert les yeux » dit le prophète. Quand on me dit que nous vivons déjà la fraternité, je sais que c’est vrai, – plusieurs d’entre vous qui demandez la confirmation en ont fait l’expérience et c’est cette expérience qui leur a parlé de Dieu -. Je me demande cependant aussi parfois si nous ne balayons pas trop vite le synode d’un revers de main. La fraternité ne peut jamais être un acquis, elle est toujours devant nous, toujours à accueillir du Christ frère. « Il a ouvert les yeux et s’est détourné de ses crimes » précise le prophète. Parce qu’il y a crime : la fraternité abîmée, c’est un frère ou une sœur blessée, et c’est le témoignage du Christ ressuscité amputé. Or amputer le témoignage du Christ, c’est empêcher l’œuvre de salut du Christ pour tous, la seule vraie vie qui libère de toute mort. Souvenez-vous : « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, que tous reconnaitront que vous êtes mes disciples » (Jn 13,35) nous prévient à plusieurs reprises le Seigneur Jésus.

Ce qui n’est pas simple, c’est que la fraternité est tout sauf la dernière mièvrerie à la mode, de celle dont on fait les slogans médiatiques et affectifs mais que ne sont qu’un cache misère de notre indifférence. La fraternité n’est pas consensuelle, elle est christologique. Elle a le Christ pour centre. Elle le Christ pour source. Elle a le Christ pour horizon. Elle ne peut être que l’œuvre de l’Esprit.

Vous me trouvez peut-être bien sombre. C’est la fête du diocèse et nous accueillons 49 nouveaux adultes confirmés… Mais justement frères et sœurs, c’est à la joie et à la vie que je veux vous inviter. Réécoutons encore le prophète : « Il a ouvert les yeux et s’est détourné de ses crimes. C’est certain, il vivra, il ne mourra pas. » Vivre vraiment, frères et sœurs. Et vivre à plein. Je n’accuse personne. Je ne me connais que trop et sais trop bien comme je suis le premier responsable des accrocs à cette fraternité. Mais la lucidité, en Jésus, dans la grâce de l’Esprit, ne nous enferme pas. Elle ouvre un chemin d’espérance et d’action.

Ecoutons saint Paul à nouveau : « alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. » Exigeant, mais merveilleux appel pour le diocèse et vous qui par la confirmation allez y prendre toute votre place. Le sacrement de la confirmation est le sacrement de l’unité. Le sacrement qui nous confirme par le don de l’Esprit dans l’amour du Père et du Fils construit le Corps du Christ. Il ne met pas tout le monde au garde à vous d’une autorité tutélaire, il fait de nous le Temple de l’Esprit, en révélant à chacun les dons uniques qu’il porte pour le bien de tous, et en les organisant pour que l’unité de soit pas statique mais dynamique, qu’elle devienne fraternité missionnaire.

« Recherchez l’unité. » Et l’apôtre continue : « Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupés de ses propres intérêts, pensez aussi à ceux des autres. Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus. » Suit alors une merveilleuse contemplation du Christ : « Ayant la condition de Dieu, Il [le Christ] ne retint pas jalousement le rend qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. »

Il nous arrive d’être propriétaire de nos relations, de la nature (c’est sans doute l’une des source de la crise que nous vivons aujourd’hui), de la mission aussi, et de tant d’autres réalités. Le Christ qui est tout par le don du Père ne revendique rien. Le mystère de la Croix – « reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix » – est le mystère du Christ de Dieu qui nous estime supérieur à lui-même. Il n’en reste pas moins le Fils du Père tout puissant, mais à cause de la folie d’amour qu’il est, il se fait serviteur, il se vide de lui-même pour nous, il s’offre dans l’abandon incroyable de chaque eucharistie. Nous avons plus de prix à ses yeux que sa propre vie. Comment comprendre cela ? Comment ne pas en être absolument bouleversé ?

 Alors essayons vraiment, pas formellement mais profondément – et seul l’Esprit peut le faire en nous – d’entrer dans les dispositions du Christ Jésus … Dans le respect de chacun et des responsabilités qu’il porte en les recevant du Seigneur, mais dans cette intime conviction que les autres sont supérieurs à nous-mêmes. Si nous désirons tous entrer dans les dispositions qui sont en Christ Jésus, alors la fraternité missionnaire éclatera, s’épanouira, nous rendra créatifs, nous donnera d’oser la vérité dans la charité et la charité dans la vérité, nous fera trouver des chemins de fraternité avec notre monde que nous n’imaginons pas mais que le Seigneur ouvrira. Et dont l’urgence est plus que jamais manifestée par la situation pandémique que nous vivons et ses conséquences.

En fait, l’œuvre de l’Esprit saint est de nous faire passer de la générosité au don de soi, de l’énergie que l’on met pour atteindre et accomplir nos projets personnels à la recherche sincère et disponible de la volonté de Dieu. De passer de l’auto-référencement, comme aime le dire le Pape François, à l’accueil du don de Dieu à partir de lui et pas à partir de nous. Et de nous laisser offrir avec Jésus au Père pour la vie et le salut du monde.

L’avertissement conclusif de Jésus, dans l’Evangile, est lui aussi très clair. A ses interlocuteurs, ici les grands prêtres et les anciens du peuple, il déclare : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu [entendons tout particulièrement, nous dont la cathédrale accueille la relique du chef de Jean Baptiste] sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis plus tard pour croire à sa parole. »

Demandons, accueillons, engageons-nous dans cette grâce de repentir : avec vous qui allez être confirmés, que l’Esprit nous donne d’entrer dans les dispositions qui sont en Christ Jésus. Pour notre joie. Pour l’unité de l’Eglise. Pour la mission, le témoignage et l’évangélisation.

« C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel sur terre et aux enfers, et que toute lange proclame : « Jésus Christ est Seigneur », à la gloire de Dieu le Père. »

Qu’il soit béni !

 

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