Dimanche 4 octobre 2026
27ème Dimanche du Temps Ordinaire
Guider le peuple de Dieu
Isaïe 5,1-7 - Psaume 79 - Philippiens 4,6-9 - Matthieu 21,33-43
Dans Jérusalem Jésus continue ses prédications comme n’importe quel rabbi pourrait le faire. Grands-prêtres et anciens du peuple viennent l’écouter cherchant sans doute à le prendre en défaut.
Le Christ prend à son compte la parabole de la vigne du prophète Isaïe. Tous ceux qui croient en Dieu savent que ; dans les récits bibliques, la vigne est souvent prise comme un symbole du peuple de Dieu. En effet, cet arbre demande beaucoup de soins et d’attentions pour se développer harmonieusement et procurer un beau raisin propre à faire un vin de qualité. Le début de cet enseignement de Jésus est identique dans les termes mêmes au texte du prophète tel qu’il était lu à la synagogue les jours de prières.
Le tableau de la vigne choyée par son propriétaire une fois posé, les Grands-prêtres et anciens du peuple s’attendent à l’interprétation habituelle : Dieu par la voix d’Isaïe reproche au peuple de ne pas répondre aux attentes que le Seigneur mettait en lui. Malgré les soins vigilants donnés par les prophètes et la Loi de Moïse, « Le cœur de ce peuple est indocile et rebelle ; ils se sont détournés, ils s’en vont. » (Jérémie 5,23). Au lieu de reprocher au peuple son "indocilité rebelle"¸ Jésus fait intervenir des vignerons qui ont bien soigné la vigne, la vendange semble être de qualité. Mais au lieu de remettre le fruit de cette récolte au Maître, les ouvriers la détournent à leur profit, allant jusqu’à battre et même tuer les serviteurs qui leur sont envoyés. Les auditeurs de Jésus comprennent qu’ils sont visés par cette conclusion, ils sont accusés par Jésus de détourner le peuple de l’adoration en le mettant sous leurs dictats en multipliant les préceptes et obligations. Il précisera sa pensée plus tard : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le royaume des Cieux devant les hommes ; vous-mêmes, en effet, n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui veulent entrer ! » (Matthieu 23,13) La suite de la parabole indique que les autorités du peuple de la Promesse tueront le fils. Jésus fait ainsi une annonce de sa Passion : lui, Dieu-le-Fils, sera tué, rejeté hors du peuple, crucifié par les Romains à l’extérieur de la ville de Dieu !
Cette parabole n’est pas rapportée par saint Matthieu uniquement pour stigmatiser les prêtres et les scribes contemporains de Jésus, elle prend un sens toujours actuel : disciples du Christ, nous avons à transmettre la Parole de Dieu qui nous a été confiée pour la propager : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples. » (Matthieu 28,19a). Souvent nous nous heurtons à une difficulté : comment annoncer l’exigence de l’Évangile sans l’enfermer dans des interdictions et des obligations ? La réponse à cette question est dans l’affirmation qui accompagne le grand commandement : l’amour du prochain. Nous ne pouvons annoncer l’Évangile qu’en voyant ceux qui reçoivent cette Bonne Nouvelle avec le regard que le Christ pose sur ses frères, un regard qui ne juge pas et qui accepte les hommes et femmes au point où ils en sont pour les prendre par la main et les faire grandir dans la foi.
N’oublions jamais la pointe de cette parabole : le fruit de notre travail au service de la Parole et du Royaume ne nous appartient pas, nous le remettons entre les mains du Seigneur
Père JeanPaul Bouvier
Prêtre retraité – curé émérite
